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Chapitre 1: Amour oublié

Une amie à moi organise son anniversaire.
Avant de m’inviter elle me prévient qu’il y aura mon amour oublié, en l’appelant par son prénom, et me demande si je veux quand même venir. Comment pouvais-je refuser ? C’est son anniversaire et je viens pour elle, je ne manquerais ça pour rien au monde.
Alors deux semaines plus tard, je me rend au lieu prévu pour sa fête. Un petit appartement situé au premier étage d’un bâtiment typiquement parisien. Il était tellement bien caché que j’ai réussi à me perdre deux fois en même temps.
Il va sans dire que j’appréhendais beaucoup cette nuit. Vais-je pouvoir être présent physiquement ? Ça, oui. J’étais devant la grande porte d’un vert foncé, incroyablement bien abîmé; devant le digicode doré, enfoncé sur du béton dur et impassible, comme moi. Ou comme j’aurais espéré l’être, cette nuit. La fenêtre était ouverte et d’en bas, je pouvais entendre que son anniversaire avait déjà commencé. Je suis persuadé que j’aurais été à l’heure si cet immeuble ne m’avait pas fuit pendant que je le cherchais. Alors, pendant que je tapais le code pour entrer, j’ai entendu dans tout ce tissu de voix, celle de mon amour oublié. Tellement bien que je pouvais m’imaginer où elle se situait dans la pièce. Je sonne et c’est bon. Je savais déjà qui allait m’ouvrir, alors j’étais occupé à penser à autre chose. Vais-je pouvoir être là mentalement ? Ça, non. Je m’avance de quelques pas et je vois d’un œil très maladroit mon amour oublié, de dos, à gauche de la pièce. Je dirige mes pieds pour saluer les invités, en commençant soigneusement par la droite. Je serrais la main des hommes, embrassait les joues des femmes avec une machinale politesse. En même temps que je demandais quand est-ce que j’arriverais face à l’invité clé, je prononçais mon prénom à chacun des gens que je saluais avec un automatisme très surprenant. Tellement que je me présentais même à de vieilles connaissances. Ça y est. Je lui ai dit bonsoir. J’ai souhaité un joyeux anniversaire celle qui fête ses 21 ans. Et maintenant que se passe-t-il ? Maintenant je bois. Je bois et je parle à une amie qui se sent un peu comme moi, absente. Pas là. Je ne pourrai pas vous dire si c’est pour les mêmes raisons que moi étant donné que le dialogue entre deux personnes dans l’état où nous étions est d’une pauvreté féroce. Cependant, ces discours vides qu’on essayait de tenir au moins si bien que nos verres, ont fait tourner les aiguilles plus rapidement que prévu. Ici, on était comme sous l’eau, on n’entendait rien et tout devenait trop bruyant. Du coup, je me suis convaincu de partir inaperçu en prévenant l’hôte, bien entendu, pour rejoindre mon bureau à Luxembourg et écrire ce que j’écris actuellement. Ce chapitre se nomme amour oublié, on aurait pu penser que j’aurai penché l’écriture sur ce dernier, mais j’ai vraiment, complètement oublié.

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Lindo Gargiulo (via hapellus)
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Chapitre 1: Amour oublié

Une amie à moi organise son anniversaire.
Avant de m’inviter elle me prévient qu’il y aura mon amour oublié, en l’appelant par son prénom, et me demande si je veux quand même venir. Comment pouvais-je refuser ? C’est son anniversaire et je viens pour elle, je ne manquerais ça pour rien au monde.
Alors deux semaines plus tard, je me rend au lieu prévu pour sa fête. Un petit appartement situé au premier étage d’un bâtiment typiquement parisien. Il était tellement bien caché que j’ai réussi à me perdre deux fois en même temps.
Il va sans dire que j’appréhendais beaucoup cette nuit. Vais-je pouvoir être présent physiquement ? Ça, oui. J’étais devant la grande porte d’un vert foncé, incroyablement bien abîmé; devant le digicode doré, enfoncé sur du béton dur et impassible, comme moi. Ou comme j’aurais espéré l’être, cette nuit. La fenêtre était ouverte et d’en bas, je pouvais entendre que son anniversaire avait déjà commencé. Je suis persuadé que j’aurais été à l’heure si cet immeuble ne m’avait pas fuit pendant que je le cherchais. Alors, pendant que je tapais le code pour entrer, j’ai entendu dans tout ce tissu de voix, celle de mon amour oublié. Tellement bien que je pouvais m’imaginer où elle se situait dans la pièce. Je sonne et c’est bon. Je savais déjà qui allait m’ouvrir, alors j’étais occupé à penser à autre chose. Vais-je pouvoir être là mentalement ? Ça, non. Je m’avance de quelques pas et je vois d’un œil très maladroit mon amour oublié, de dos, à gauche de la pièce. Je dirige mes pieds pour saluer les invités, en commençant soigneusement par la droite. Je serrais la main des hommes, embrassait les joues des femmes avec une machinale politesse. En même temps que je demandais quand est-ce que j’arriverais face à l’invité clé, je prononçais mon prénom à chacun des gens que je saluais avec un automatisme très surprenant. Tellement que je me présentais même à de vieilles connaissances. Ça y est. Je lui ai dit bonsoir. J’ai souhaité un joyeux anniversaire celle qui fête ses 21 ans. Et maintenant que se passe-t-il ? Maintenant je bois. Je bois et je parle à une amie qui se sent un peu comme moi, absente. Pas là. Je ne pourrai pas vous dire si c’est pour les mêmes raisons que moi étant donné que le dialogue entre deux personnes dans l’état où nous étions est d’une pauvreté féroce. Cependant, ces discours vides qu’on essayait de tenir au moins si bien que nos verres, ont fait tourner les aiguilles plus rapidement que prévu. Ici, on était comme sous l’eau, on n’entendait rien et tout devenait trop bruyant. Du coup, je me suis convaincu de partir inaperçu en prévenant l’hôte, bien entendu, pour rejoindre mon bureau à Luxembourg et écrire ce que j’écris actuellement. Ce chapitre se nomme amour oublié, on aurait pu penser que j’aurai penché l’écriture sur ce dernier, mais j’ai vraiment, complètement oublié.

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Lindo Gargiulo
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